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 Chronique de Slobodan Despot !

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Nadezda
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MessageSujet: Chronique de Slobodan Despot !   Ven 30 Nov - 18:10

Slobodan Despot est Directeur des éditions Xenia, à Vevey.

http://www.editions-xenia.com/

http://despotica.blogspot.fr/2012/11/djokovic-et-federer-le-choc-des.html



MARDI 13 NOVEMBRE 2012

Djoković et Federer, le choc des civilisations
On me rapporte une remarque de Nole sur Roger, à la veille du Masters: "Moi, que je gagne ou que je perde, une ville entière va m'acclamer. Et lui?"
Le mot est plus mélancolique que malicieux. Il définit les deux mondes qui se frottent à travers leurs raquettes.
Les deux sont des héros nationaux, mais cela ne signifie pas la même chose selon les pays. L'un prend des bains de foule au milieu des fumigènes. L'autre fait l'objet d'une adoration réservée et signe des autographes. L'un affiche son drapeau national comme un doigt d'honneur face à des tribunes hostiles, l'autre affiche sa femme discrète et ennuyée. L'un fait le pitre et construit des écoles dans son pays. L'autre subordonne sa participation à l'équipe de Suisse à des engagements plus lucratifs. L'un débarque aux tournois avec le masque de Dark Vador. L'autre s'habille avec un goût sobre et pose pour "Vogue". L'insurgé contre le gendre parfait. "A tale of two countries", pour paraphraser Di
ckens...


despotica.blogspot.com
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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Sam 15 Déc - 23:56

Jovan Ducic est né en 1871 à Trebinje et il est décédé le 7 avril 1943 à Gary, était un écrivain et un diplomate serbe.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jovan_Du%C4%8Di%C4%87

DIMANCHE 17 JUIN 2012

Un malentendu sur la nature
Glané au fil d'une traduction:
«Ce tourisme, que l’on voit dans les Alpes, donne la fausse impression que l’humanité a commencé d’éprouver sincèrement la beauté de la nature. La vérité, cependant, c’est qu’on ne va dans la nature qu’en été, dans les jours d’oisiveté, lorsqu’il s’agit de reprendre des forces pour les jouissances débridées de la vie citadine. Nul ne sait ressentir comme il faudrait un champ profond parsemé de fleurs, un ciel inondé de lumière, des bois emmitouflés d’ombres. Nul ne voit à quel point ce sentier que nous parcourons chaque jour paraît différent à chaque fois, et qu’aucun matin ne ressemble à l’autre. Nul ne sait plus suivre la vie d’une plante depuis son germe jusqu’à son dernier rameau desséché, ni éduquer un animal de façon à connaître les charmes de son enfance, la fougue de sa jeunesse, la force de son accouplement. Ils donnent leur terre en location à d’autres pour ne pas la travailler eux-mêmes dans la joie qui jaillit de chaque ornière et qui tombe de chaque branche. Ils fuient les plus beaux événements de ce monde: le soleil, la pluie, le vent, les étoiles, la brume. Il y a des gens qui, de toute leur vie, n’ont vu que quelques couchers de soleil, et il en est encore moins qui ont vu l’aube et les orgies du point du jour. — N’admirent la nature que les enfants et les fous; eux seuls parlent avec les plantes le long du chemin et avec les pierres du champ. A l’opposé d’eux se tiennent encore les philosophes et les poètes, qui s’exaltent puérilement et s’émerveillent follement de tout ce que les autres dédaignent.»
Jovan Dučić, «Première lettre de Suisse», in Cités et Chimères. (1906)
Cités et Chimères, extraordinaire correspondance de voyage d'un des plus grands poètes serbes, est à paraître aux éditions Xenia.
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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Sam 29 Déc - 15:19

VENDREDI 28 DÉCEMBRE 2012

Ouf! (La révélation de 2012)
On l’a échappé belle ! Le 21 décembre est passé et nous sommes encore là. L’ultime feuillet du fatidique calendrier maya a été arraché sans entraîner de déchirure dans le tissu de l’univers. Le solstice, d’un seul coup de reins, a encore basculé tout notre hémisphère vers les beaux jours. Décorations et cadeaux ont illuminé les yeux des enfants. L’apocalypse 2012 tant attendue a fait long feu. Tout est comme avant et nous sommes peut-être, sans nous l’avouer, un peu déçus.
Or tout est-il vraiment comme avant ? Admettons qu’apocalypse ne signifie pas « ravage » et « punition », comme le veulent les pères fouettards, mais « révélation », comme le veut le sens originel du mot. Et demandons-nous si cette année mystique ne nous a pas apporté quelques changements vrais et profonds.



© Allen Mowery (allenmowery.com)
Le plus flagrant est la disparition de la « communauté internationale ». Souvenez-vous : jusqu’à l’an dernier, c’était l’arbitre ultime et tout-puissant des affaires du monde. Elle s’ingérait, elle fustigeait, elle bombardait. Le pays stigmatisé par la « communauté internationale » était mis au ban des nations. Mais nous voici en pleine crise syrienne et la « communauté internationale » brille par son absence. On évoque l’indignation de la France, l’opposition de la Russie, l’argent de Qatar. Les observateurs savaient de longue date que la « communauté internationale » n’était qu’un clan composé des États-Unis, de l’UE et de quelques bailleurs de fonds sunnites. Sa façade d’universalité est tombée. Aujourd’hui, les affaires internationales apparaissent enfin pour ce qu’elles sont : une guerre de gangs. Plus personne ne peut tuer autrui au nom de la morale et de la démocratie.
Tiens, et l’ONU ? On l’avait totalement oubliée, celle-là. Elle nourrit encore quelques fonctionnaires, à défaut de nourrir les conversations.
Autre fantôme d’un autre temps, l’Union Européenne, dont les piques répétées à l’égard de la Suisse apparaissent comme le baroud d’honneur d’un torero sénile auquel on aurait livré un veau à la place du taureau. Quant au reste — économie, finances, politique, énergie — c’est chacun pour soi. Si elle avait un soupçon d’existence réelle, le transfert du contribuable Depardieu de Paris à Bruxelles n’aurait pas fait un pli.
Et la Suisse ? Que font nos autorités ? Entre ceux (et celles) qui se planquent et ceux (et celles) qui travaillent ouvertement pour l’étranger, lorsqu’ils ne rêvent pas de navions coûteux pour des guerres imaginaires, le peuple se demande à juste titre qui gouverne ce pays, hormis les conseils d’administration.
Et les Églises alors ? On ne les entend plus que lorsqu’on parle de sexe. Payées pour s’occuper de notre salut, les voici fixées sur le bas-ventre. Serait-ce là que se trouve le siège de l’âme ?
La révélation de 2012, c’est que la plupart des instances qui passaient pour légitimes ne le sont plus. Elles n’ont plus pour elles que les habitudes acquises et la peur qu’elles inspirent. Le monde est déjà en train de se recréer malgré elles, sans elles et contre elles.

Le Nouvelliste, 28 décembre 2012.
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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Sam 5 Jan - 19:48



LUNDI 17 OCTOBRE 2011

Pourquoi pleure-t-on Steve Jobs?

Le vieux typographe n’en croyait pas ses yeux. C’était son dernier jour de travail et sa photocomposeuse s’en allait avec lui. Encombrante comme un orgue, il fallut bien trois hommes pour la déplacer. « Mais enfin… Ça vaut une véritable fortune ! » clamait-il, affolé. En réalité, nous étions chanceux : une organisation d’entraide avait bien voulu nous en débarrasser sans frais. En quelques mois, le précieux outil était devenu un objet encombrant.
La scène se passait voici vingt-trois ans, au début de mon travail dans l’édition. Elle était aussi cruelle que courante. La grosse machine fut remplacée par un jouet, un petit Macintosh au prix dérisoire. Et les vieux typographes, élite des artisans, firent place à des jeunes barbares mal formés qui ne savaient même pas que l’espace, en typo, se conjuguait au féminin.
Je me souviens nettement du premier jour où j’ai vu un Mac, dans le bureau d’un professeur. Avec sa souris, il avait ouvert une lettre affichée comme une page imprimée, vérifié les marges, lancé une impression. C’était magique ! C’était la lumière du jour dissipant les ténèbres des terminaux MS-DOS sur lesquels nous écrivions jusqu’alors, et qui rappelaient les écrans lugubres d’un sous-marin. Je m’en achetai aussitôt un pour mes traductions ; il tourne encore. Le Mac était mieux qu’une console, une consolation. Un univers intelligible et amical qui vous enveloppait tout en vous infantilisant un peu. Mais l’enfance n’est-elle pas l’âge de la liberté et de l’imagination ?
Steve Jobs avait créé davantage qu’un produit : un art de vivre. Il allait changer, à lui tout seul, notre interaction avec les machines, notre univers musical, nos habitudes de consommation.
Il y eut des années de vide — celles de son exil —, où Apple sembla une impasse luxueuse et tragique, telles la vidéo Betamax ou les voitures Saab. Même alors, je n’ai pas changé. Je ne pouvais me résoudre au kitsch oppressant, foireux et moralisateur du monopole Microsoft. Nos détracteurs avaient raison : la fidélité à Apple n’était plus alors qu’une affaire d’esthétique. Mais privilégier l’esthétique à l’utilité est justement une marque de civilisation.
Mais il revint et l’on eut l’i-Mac, explosion de couleurs dans un monde gris-beige. Le robuste système Mac OS X. L’iPod. L’iPhone. Au moment où ses inventions se dévoilaient sous les « oh ! » et les « ah ! » comme des cadeaux de Noël, il en était déjà très loin.
Aujourd’hui, la disparition de Bill Gates ne toucherait que quelques geeks. Celle de Jobs a fait pleurer les anonymes dans le monde entier. Ceux qui n’y voient qu’une dérive émotionnelle, une manipulation consumériste, devraient y réfléchir à deux fois.
Cet homme austère et peu mondain n’a jamais versé — publiquement — un dollar aux « charités » quand ses pairs rachetaient leur opulence à coups de millions ultra-médiatisés. Il avait la dent dure et la colère aiguë. Il avait abandonné ses études et se moquait des préjugés de l’establishment, des conseils du marketing, des réticences des techniciens. Perfectionniste, il contrôlait tout, du lissage des caractères à l’écran jusqu’à la forme des prises. Chaque produit Apple porte la marque d’une quête de simplicité absolue. A l’ère du nivellement statistique des offres et des goûts, Steve Jobs a réussi à insuffler à l’industrie une mystique altière et très personnelle. Il nous a légué l’espoir qu’un individu pouvait encore infléchir le destin d’un monde impersonnalisé. Ceux qui le pleurent portent le deuil d’un rêve d’humanité.

Le Matin Dimanche, 16.10.2011.


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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Jeu 10 Jan - 6:22

Xenia Editions

Justice pour Luca: c'est parti d'un livre…

Scène surréaliste hier, le 8 janvier 2013, à Sion. A deux pas des institutions judiciaires du Valais, un groupe d’experts légistes du plus haut niveau, mandatés par l’Etat italien, mais travaillant bénévolement à cette mission, ont réduit la vérité officielle sur l’affaire Luca Mongelli à ce qu’elle était depuis le début: de la poudre de perlimpinpin.
Depuis onze ans, à rebours des faits, du témoignage des protagonistes et du plus élémentaire bon sens, la justice valaisanne soutenait que le garçon retrouvé gelé dans la neige avait été agressé et laissé pour mort par son propre chien. Les quatre experts italiens, chacun dans son domaine, ont démontré que c’était impossible.
Cette réfutation spectaculaire fait du drame de Luca Mongelli un cas d’école de déni de justice et de travestissement de la réalité.
Se souviendra-t-on que la résurrection de cette affaire enterrée est due à une pétition populaire et à la sortie d’un livre aux éditions Xenia? Lorsque Canines parut, en juin 2010, le petit monde des médias entra dans une transe paranoïaque à propos de identité de son auteur, «Janus». Or, on le voit aujourd’hui, l’identité de l’auteur n’avait aucune importance. Ce qui était important, c’est que ce roman, cet «antipolar», était l’ultime canal par où une vérité étouffée avait trouvé à s’exprimer. Il était, toutes proportions gardées, le "J'accuse!" d'un procès inique qui aura hanté les Suisses. Toutes proportions gardées encore, il aura joué dans son temps et son milieu le rôle de La Case de l'Oncle Tom dans l'Amérique du XIXe siècle: pointer du doigt l'iniquité admise, la nommer comme telle et, du même coup, la rendre intolérable.

Si un éditeur a une raison d’être autre que commerciale, c’est bien celle-ci: offrir une plateforme où puissent s’exprimer des vérités humaines, philosophiques, culturelles que la société n’a pas l’envie ou la permission de voir. Canines, en plus d’être un roman passionnant, est le symbole même de cette mission. Aux côtés d’ouvrages tels que Comment le Djihad est arrivé en Europe de Jürgen Elsässer, La Piqûre de trop? de Spinosa et Riva, les essais de l’éco-terroriste Theodore J. Kaczynski dit Unabomber, ou l’ensemble des écrits philosophiques d’un Eric Werner, Canines fait partie de ces publications de combat qui remuent et qui interrogent leur temps, et qui justifient l’existence des éditions Xenia.
Je sais — et je relaie ici — la satisfaction et la joie qu’éprouve aujourd’hui l’auteur, Janus, en voyant comment sa démarche littéraire a pu épauler la science et la justice. Je ne sais si ce coup de théâtre permettra de retrouver le véritable agresseur. Mais je crois que Luca et les siens sont aujourd’hui soulagés et suis particulièrement fier d’avoir contribué, si modestement que ce fût, à rendre sa dignité à ce garçon martyrisé.

Slobodan Despot
Directeur des éditions Xenia
Page du livre:
www.editions-xenia.com/livres/canines/



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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Ven 22 Fév - 18:40


Si j'étais vous, M. Vasella…

22.02.13 08:22 | Despotica, chroniques
…Ces 72 millions de Novartis, je me les garderais. Renoncer à votre bonus quand il est révélé au grand jour, et seulement parce qu'il est révélé, voilà qui jette un voile de suspicion sur votre jugement moral. De deux choses l'une: soit vous méritiez votre indemnité — et vous l'encaissez sans ciller; soit vous ne la méritiez pas — mais alors au nom de quoi l'avoir réclamée et négociée?

Car enfin, il est peu d'hommes en ce monde qui détiennent un secret comme le vôtre. Un secret qui vaut une fainéantise de six ans et 72 millions dans ce pays à l'éthique de travail si sévère! Un comble… Malgré cela, Novartis était disposé à vous payer un million de francs suisses le mois de farniente! Dix-neuf francs chaque minute de silence!

Que détenez-vous donc de si précieux, de si désirable pour la concurrence? La recette d'un médicament miracle capable de faire décoller une multinationale assoupie? L'art de masquer par des restructurations, dans les bilans de fin d'année, le manque de créativité des laboratoires? Le réseau politique idéal pour faire endosser aux collectivités de nouveaux vaccins d'autant plus indispensables qu'ils seront moins utiles? Ne craignez-vous pas, détenant un secret si stratégique dans votre tête, qu'on vous enlève pour vous faire parler? Rêvez-vous de waterboarding? De sérums de vérité? Avez-vous engagé des gorilles pour vos enfants?

Mais je me laisse éblouir par votre démesure, M. Vasella. Si vous et vos administrateurs avez pu mitonner un cocktail d'adieu aussi somptueux, c'est que le gâteau dont vous êtes la cerise est, quoi qu'on en dise, une sacrée pièce montée. J'ai sous les yeux le rapport d'analyse d'une grande banque sur les perspectives de l'économie suisse en 2013, par secteurs. Tout stagne et tout va mal. Sauf ce qui va très bien: la haute horlogerie, évidemment. Et puis le médical, la pharma, la technologie liée aux soins et les assurances. En somme, une économie gériatrique alimentée par la hantise de la mort, depuis le tic-tac de luxe qui nous décompte les heures («toutes nous blessent, la dernière nous tue», disaient les Anciens) jusqu'aux alchimies qui prolongent à grands frais nos jeunesses de quelques années et nos vieillesses de quelques jours. Si l'industrie morticole est un royaume, la pharma en est la reine.


"Encore un petit chocolat menthe?" (Monty Python, The Meaning Of Life)

Vous voyez bien que je plaisantais, M. Vasella. Si j'étais vous, je dormirais sur mes deux oreilles. L'équivalent de 60 prix Nobel que vous venez de décliner ne récompensait pas votre personne, ni votre génie, ni vos secrets. Votre valeur personnelle n'est, rassurez-vous, même pas en jeu. Ce qui est en jeu, c'est votre fonction. C'est la cerise que vous représentez. Une cerise de ce prix-là valorise tout le gâteau. Un gâteau énorme, aussi vaste qu'un pays. Un gâteau où pioche une armée de cadres, de lobbyistes, de parlementaires et de communicants. Ceux qui, face à vos appétits de satrape, sont toujours restés muets. Normal: on ne parle pas la bouche pleine.



Le Nouvelliste, 22 février 2013.


Excellent !
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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Mar 26 Fév - 13:18

Voilà un e chronique qui me rend triste, elle me rappelle le départ de mon Katu Sad




DIMANCHE 10 FÉVRIER 2013

Le destin de Big Ben


L’Odyssée de Pi raconte l’histoire — vraie à l’origine — d’un jeune Indien naufragé qui dériva sept mois dans une chaloupe avec un tigre du Bengale. Je fus sans doute le seul spectateur à ne comprendre qu’à la fin du film qu’il s’agissait d’une allégorie psychique. A un moment, le fauve malcommode tombe à la mer. Au lieu de s'en débarrasser, Pi va le secourir et, au gré des périls, en faire son allié. La peur que le tigre lui inspirait, explique-t-il, était l’aiguillon qui le poussait à lutter et survivre. Le récit de ce miracle recouvre une autre version, bien plus sordide, du naufrage. Mais c’est la première, nous dit Pi, qui a la faveur de Dieu.
Je la tiens pour vraie moi aussi. Il arrive que les animaux exercent une véritable mission spirituelle dans nos vies.
Lorsque j’ai fondé la maison d’édition qui porte le prénom de ma cadette, j’ai demandé à l’aînée ce qu’elle désirait en contrepartie. Elle pouvait me réclamer la Lune : elle voulut juste un chien. Ce fut un terrier de Norfolk, fou, fier, affectueux, teigneux, impossible. Un ami chasseur m’avait prévenu : «Un terrier ? tu ne l’éduqueras jamais ! » Big Ben devint une gloire des quais de Vevey, tirant sa jeune maîtresse comme un remorqueur. Et Irina, qui était très renfermée, commença à s’ouvrir grâce à lui. Big Ben était le compagnon de ses rêveries, mais aussi sa passerelle vers les autres. Cette bête si attachante faisait fondre les cœurs, à commencer par le sien. L’enfant-île put ainsi aborder l’humanité par son visage le plus bienveillant.
Lorsque sa patronne, devenue ado, se trouva des amis et une âme sœur, Big Ben fut souvent mon pensionnaire. Il était le lien avec mon aînée, qui vivait chez sa mère. Début janvier, il me parut étrange, comme méditatif. Un jour, je le vis assis à deux mètres d’un chat hérissé, ne songeant même pas à le courser. Il contemplait ! Quelques minutes plus tard, il défia une voiture — et eut le dessous. Heurté, il se coucha et ses yeux si vifs se perdirent au loin. Malgré les soins, il expira dans la soirée, sans un gémissement.
Ma fille et moi, nous nous reconnûmes de nouveau à travers un chagrin profond, inaccessible aux autres. Nous n’avions jamais éduqué Big Ben. L’éducateur, c’était lui.

Le Régional, 10 janvier 2013.

PS Big Ben est mort le 4 janvier 2013, dans les vignes de Saillon.







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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Jeu 28 Fév - 11:28



29.XI.2012: la fin du Tribunal pénal international de La Haye

Ce jeudi 29 novembre 2012, le TPI de La Haye a libéré Ramush Haradinaj, ex-premier ministre du Kosovo "indépendant", pour insuffisance des témoignages à charge.
Or, justement, au fil du processus, 19 témoins potentiels sont morts! D'autres ont refusé de témoigner, préférant la prison.
Ceci intervient à peine plus d’une semaine après que le même tribunal a libéré en appel les généraux croates Gotovina et Markač de toute responsabilité dans l'opération "Tempête", la plus vaste épuration ethnique de la guerre ex-yougoslave: 250'000 Serbes chassés de leurs foyers en 4 jours d'août 1995, plus de 10'000 morts et disparus.
Il s'avère donc que personne n'a bombardé les civils serbes en Krajina pour les faire partir, puisque personne n'en répond. Que personne n'a torturé et tué les Serbes au Kosovo, puisque personne n'en répond.
Si personne ne l'a fait, c'est qu'ils se sont expulsés, torturés, bombardés et massacrés tout seuls!
Voilà à quoi aboutit, 19 ans après sa création, ce fameux tribunal qui était censé — souvenez-vous-en, citoyens amnésiques! — instaurer l'ère de la justice internationale et punir les criminels de guerre partout dans le monde.
Au lieu d'instaurer une ère nouvelle, il en a restauré une ancienne: celle, qu’on croyait révolue, des tribunaux d’inquisition totalitaires créant eux-mêmes, selon leurs besoins, les lois et la réalité même. Il s’est sabordé devant l’histoire, montrant du même coup que toute idée de justice internationale est une chimère.

C’est peut-être cela, au fond, qui a motivé, l’autre jour, les juges Theodor Meron (USA), Patrick Robinson (Jamaïque, GB) et Mehmet Güney (Turquie) à relâcher les organisateurs du plus grand crime de la guerre yougoslave.
Après la farce du TPI, plus personne n’aura le toupet d’essayer de faire adhérer les USA à quelque convention de justice internationale que ce soit!
Et puis, comment aurait-on pu condamner pour crimes de guerre un Etat — la Croatie — admis dans l’Union Européenne et qui en sera membre dans quelques mois?
Qu’aurait crié Gotovina du fond de sa geôle? Peut-être ceci: «Attendez! Nous n’étions pas seuls. Tout était organisé en coordination avec la CIA». Avec son patron, George Tenet en personne, en juillet 95, dans la base militaire de Šepurine. Ce n’еst pas moi qui l’affirme, mais la presse croate elle-même.
Pouvait-on le laisser crier cela?
Et Haradinaj? Un ancien videur de boîte suisse mais aussi premier ministre du Kosovo «indépendant»! Rien de moins! Pouvait-on condamner pour crimes odieux un premier ministre — même s’il s’en est lui-même vanté — au moment où la reconnaissance internationale du Kosovo, plateforme otano-narcotique, pédale dans le vide et où l’on s’apprête à jeter le peu de Serbes qui y restent sous le joug des mafias albanaises?
S’il avait osé, sur l’un ou l’autre de ces points, enfreindre la bienséance, le TPI eût démontré un certain degré d’indépendance. Ne l’ayant pas fait, il a révélé au grand jour sa fonction de massue au service de l’OTAN et justifié l’avis — à l’époque jugé extrême — de feu Alexandre Soljénitsyne, disant que le TPI ramenait la justice à l’âge de pierre.
J’exagère encore? Non. Dans le cas Gotovina, deux juges sur cinq n’ont pas voté l’acquittement. Les moins otanesques: un Maltais et un Italien. qui ont tenu à ce que leurs avis dissidents soient inclus dans le verdict. Répétons-les ici pour sauver l’honneur des magistrats.
Juge Fausto Pocar, Italie: «Je suis en accord total avec l'entièreté du jugement d'appel, qui va à rebours de tout sens de la justice.»
Juge Carmel Agius, Malte: «Je conteste fermement les fondements de l’appel interjeté par Gotovina et Markač.»
L’histoire finit toujours par remettre les choses à leur place. Nous ne savons plus ce que pensaient Créon, le juge Cauchon ou le procureur soviétique Vychinski. Nous savons seulement que Antigone, Jeanne d’Arc et les épurés de Staline figurent parmi les justes, dans la longue allée des victimes du pouvoir absolu.



250 000 serbes fuyant la Krajina en Croatie en 1995 lors de l'opération Tempête.
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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Mer 20 Mar - 22:53




Xenia (Slobodan Despot) c/o éditeurs suisses, stand V46

Voilà un stand que je vous invite a visiter Smile


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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Mer 20 Mar - 23:07

Et si l'on parlait enfin des livres?

On parle de tout, on s'affole et l'on s'inquiète, et l'on oublie au passage notre meilleur remède et notre plus sûr compagnon : le livre.
Ce printemps, les éditions Xenia publient une étonnante palette d'ouvrages: poésie, nouvelles, fantastique, absurde, et un essai provocant. Elles lancent le premier titre de leur collection de poche, Indigo. Elles font comme si la crise n'existait pas.
Je compte sur tous mes amis pour faire comme nous. Lire des livres, les commenter, les recommander, en parler. S'en nourrir. Un jour, qui sait, ils seront peut-être notre dernier divertissement.
Nous présentons ce florilège ces prochains jours en France, au Salon du Livre de Paris (stand V46), puis en Suisse, jeudi 28 mars, dans mon beau village de Saillon. De la ville-lumière au bourg médiéval, les deux lieux extrêmes de notre monde francophone!
J'invite tous mes amis à venir nous retrouver avec nos auteurs, nos idées et nos folies!

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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Dim 24 Mar - 14:11

Slobodan Despot
Le 24 mars 1999, l'OTAN attaquait la Serbie pour la pilonner pendant 78 jours dans le but de "ramener ce pays à l'âge de pierre", et d'en détacher le Kosovo. Ensuite de quoi l'on y créa un Etat-croupion, inviable, mafieux, violent, qui allait expulser ses minorités par la force, détruire plus de 150 églises et devenir une plaque tournante du trafic de drogue, d'armes et d'êtres humains. Le 24 mars est le prototype des événements ultérieurs. Il résume l'évolution, mais aussi le destin des démocraties occidentales.






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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Lun 8 Avr - 15:01


Kosovo : on a réamorcé la bombe par Slobodan Despot
Deux perdants en perspective : la Serbie et la paix en Europe



*Photo : JovanStojan.

Le gouvernement de Serbie est entré en pourparlers sur un accord “historique” à Bruxelles avec le gouvernement du Kosovo. Cet accord placerait l’intégralité des communes serbes du Kosovo sous l’autorité du gouvernement de Priština. Même l’idée d’une autonomie de ces communes a été pour le moment rejetée au profit d’une “association des communes serbes” ayant un statut analogue à une ONG, mais toujours sous le contrôle du gouvernement kosovar. Les “structures parallèles” du Nord-Kosovo, maintenues jusqu’à ce jour contre vents et marées par Belgrade, et qui ont protégé les populations de cette zone de l’épuration ethnique dont furent victimes les poches plus au sud, devront être entièrement démantelées. Aux dernières nouvelles, Belgrade exige des tribunaux et une police autonomes pour les communes serbes.
Cette signature est un acte sans retour possible qui constitue une reconnaissance de fait de l’indépendance du Kosovo. Le président de la commission de politique étrangère du Bundestag l’a du reste formellement notifié à la Serbie : il n’y aura pas de progrès des relations avec l’UE ni d’adhésion sans cette reconnaissance. Celle-ci ne sera dès lors qu’une formalité technique qu’il s’agira d’exécuter de manière adéquate dans l’année ou les deux années à venir. Une fois le Kosovo reconnu par l’Etat même dont il a été détaché, la position des Etats qui, jusqu’au sein de l’UE, refusent opiniâtrement de reconnaître cet Etat-croupion issu d’une sécession violente deviendra intenable.
D’un autre côté, si Belgrade devait opter pour la rupture, la perte du Kosovo paraît tout aussi certaine. En prévision du scénario violent, les Américains ont déjà déployé leur 525e Brigade spécialisée dans le contrôle des émeutes. Ce sera vraisemblablement, ces tout prochains jours, une manifestation nationaliste kosovare dans Mitrovica-Sud qui mettra le feu aux poudres, avec un pilonnage médiatique adéquat qui fera porter le chapeau aux Serbes récalcitrants du Nord. En somme, la répétition du guet-apens de Rambouillet de 1999.
Le gouvernement du président Nikolić est donc sommé de choisir entre Charybde et Sylla : soit il dit “oui” le 2 avril, soit il dit “non”. Dans le premier cas (“oui”), il entérine la perte intégrale du Kosovo et le parti au pouvoir (nationaliste) se voit contraint de se parjurer (“Nous ne reconnaîtrons jamais le Kosovo”) en parachevant la vile besogne qu’il reprochait à ses prédécesseurs. On peut s’attendre à des manifestations de masse et à une déstabilisation intérieure susceptible d’entraîner, d’ici l’automne, des élections anticipées. Dans le second cas (“non”), il s’expose à une déstabilisation encore plus certaine et plus efficace, tant sur le plan extérieur — isolation diplomatique de la Serbie du côté occidental — que sur le plan intérieur, via les nombreux médias, partis, mouvements et ONG pilotés par l’Occident.
Sur le plan international, le “oui” est exigé par l’ensemble du bloc occidental. Il constitue une condition sine qua non à la poursuite de la normalisation des rapports entre la Serbie et son environnement, entièrement soumis à l’OTAN. Le “non” est lui, favorisé par la Russie, notamment par la voix de son nouvel ambassadeur Tchepourine. En l’état où se trouvent l’économie et la société serbes, le “non” paraît une option suicidaire, la Russie n’offrant aucune compensation aux pertes (en termes d’investissements et d’intégration politique) qu’entraînerait une rupture du dialogue avec Priština.
Les enjeux de l’accord sur le Kosovo sont donc d’une portée considérable pour toute la région et en premier lieu pour le destin de la Serbie. D’un côté, des prétentions occidentales de nature coloniale, mais posées comme un droit inaliénable et motivées par une propagande humanitaire massive. Richesses minières, position géostratégique, politique de concessions vis-à-vis de l’islam sunnite : tout concourt à faire de la prise du Kosovo une priorité pour l’OTAN. Il s’agit également d’effacer les échecs et les blocages que l’OTAN a subis dans la région depuis 1999. On se souvient que le “non” de la Serbie aux négociations piégées de Rambouillet avait été provoqué par un avenant secret au traité prévoyant l’occupation de fait du territoire serbe dans son entier par l’OTAN. S’en était suivie une campagne de bombardements massifs conçue comme un “blitzkrieg” mais qui s’étendit sur 78 jours, détruisant la crédibilité morale et militaire de l’OTAN et l’obligeant à accepter un armistice et une résolution onusienne reconnaissant la souveraineté de la Serbie sur le Kosovo, une souveraineté que l’OTAN et ses alliés kosovars (essentiellement mafieux) allaient miner sans relâche durant la décennie ultérieure, non sans la complicité de certaines forces politiques serbes.
Le Kosovo “indépendant” sous protectorat occidental s’est avéré être un désastre à tout point de vue. Politiquement inexistant, gouverné par les clans mafieux, il est devenu une plaque tournante du trafic d’armes et de drogue et de la traite de femmes en Europe. Ses minorités, serbe d’abord, mais également monténégrine, turque, rom, etc., ont été expulsées violemment (pogrome de mars 2004) sous le regard passif des soldats de l’OTAN. Plus de 150 églises, couvents et monuments religieux chrétiens ont été incendiés, dynamités ou saccagés. Les Serbes qui y vivent sont exposés à des violences constantes et traités en citoyens de seconde zone. Quant au trafic d’organes humains prélevés à vif sur des civils serbes kidnappés au Kosovo, il est resté sans conséquences malgré le rapport d’enquête accablant présenté au Conseil de l’Europe par le parlementaire suisse Dick Marty.
Le seul moyen de “blanchir” cette création perverse, désapprouvée par une grande partie des Etats de la planète, consiste à la faire sanctifier par la Serbie elle-même. Mais il y a davantage. Depuis quelque temps, la Serbie a entrepris de stabiliser ses structures de pouvoir et de rétablir l’ordre intérieur. Des investisseurs commencent d’affluer, y compris en provenance des Emirats. Dans la crise actuelle, les richesses agricoles, hydrauliques et énergétiques de la Serbie deviennent un atout stratégique de premier plan, et les entreprises chinoises et russes y étendent leur influence. Le tracé du futur gazoduc russe South Stream réserve à la Serbie un rôle de pivot et de robinet énergétique. Pour toutes ces raisons, l’Etat serbe a été amené au pied du mur et contraint à un choix auquel il est historiquement et essentiellement réticent : s’aligner et devenir le vassal d’un bloc ou de l’autre.
La décision que le gouvernement de Belgrade va prendre ces jours-ci revient à choisir une vassalité, occidentale ou russe, doublé d’une perte inéluctable du Kosovo. Que ce soit sous Milošević ou sous les démocrates “pro-occidentaux” de Tadić, la Serbie officielle a toujours louvoyé pour éviter un tel alignement, fût-ce à ses propres dépens. Aujourd’hui, si les intérêts économiques penchent en faveur de l’Occident, le raisonnement géopolitique est peut-être plus favorable à la Russie. Mais aucune de ces raisons n’a jamais primé sur une constante ancestrale de la politique serbe : le refus irrationnel de tout assujettissement.
La Serbie n’a ni la sagesse ni l’agilité diplomatique de la Suisse qui lui permettrait de maintenir un cap de neutralité sans heurts ni pertes. Malgré les signes d’apaisement apparus durant la dernière décennie, la génération actuelle n’échappera pas à cette fatalité. L’équilibre de toute la région, et de l’Europe entière, s’en ressentira inévitablement.


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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Sam 25 Mai - 11:29

VENDREDI 17 MAI 2013

Le Kosovo de Pierre Péan
Le nouveau livre de Pierre Péan, paru cette semaine chez Fayard, est un pavé noir de cinq cents pages. Sur la couverture nous dévisage un homme masqué par une cagoule frappée de l’emblème de l’UÇK. Au-dessus, un sous-titre rouge: « Une guerre « juste » pour un État mafieux ». Et surplombant le tout, en grosses lettres blanches: Kosovo.

Le nouveau Péan est plus qu’un pavé: un monument de lucidité. Un temple du courage intellectuel et physique. Une brique d’amertume. Il s’ouvre et s’achève par le récit d’un épisode parmi les plus horribles de la guerre civile yougoslave: l’extraction, à vif, du cœur d’un jeune homme serbe par un jeune médecin albanais, tremblant de terreur, qui finira par se rendre et se confesser des années plus tard, hanté par son crime et traqué comme témoin gênant par ses ex-patrons, trafiquants de chair humaine. Lesquels patrons, Péan l’affirme à la suite de Dick Marty, sont des personnages de premier plan de l’État mort-né du Kosovo, issu de l’union passionnée de l’OTAN et d’une mafia sans merci.
Le voici dans toute sa hideuse vérité, belles âmes humanitaires, le fruit de vos songes creux. Si le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions, nous interroge Péan, à quoi mène cette autoroute d’illusions, de manigances politiques et d’aveuglement délibéré? Son livre est une encyclopédie de la manipulation. En l'ouvrant, c’est une malle de souvenirs cauchemardesques que je déverrouille dans ma tête. Guerres fratricides attisées de l’étranger; montages photo à charge, grossiers et bâclés comme le sont les mensonges les plus efficaces; rumeurs de « camps de la mort » et de « viols de masse » jetées après usage, mais qu’il était interdit de questionner sur le moment; dizaines de courriers inutiles à des rédactions de presse qui s’étaient promues agents RP des « gentils », bosniaques ou albanais; 78 jours de bombes sur la Serbie à cause de son refus de ramper; les ministres occidentaux se jetant dans les bras des caïds balkaniques…
D’écœurement devant tant de bêtise, j’avais opté pour le camp des « méchants » Serbes. Passer pour un vilain aux yeux des imbéciles est une volupté de fin gourmet, aurait dit Courteline. Mais c’est faux. Cela flatte votre orgueil un instant, puis cela vous fait désespérer: soit de votre propre santé mentale, soit de celle des humains qui vous entourent.
Le pavé de Péan, fortement documenté, est moins une consolation qu’un soulagement: non, ce n’était pas mon esprit qui déraillait. L’affaire qui a marqué mes années d’apprentissage et formé ma vision du monde était bel et bien un « Tchernobyl de l’information » qui a irradié les consciences en Occident, étouffé le sens commun et fait de l’esprit des masses un disque dur vierge, sans mémoire ni structure logique, prêt à avaler n’importe quel bobard diffusé d’« en haut ». Si, désormais, les nouvelles du monde à l’intention du grand public ressemblent à des contes à dormir debout, c’est dans l’ex-Yougo que ce théâtre de Guignol fut testé et mis au point.

Le Nouvelliste, 17 mai 2013.




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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Sam 25 Mai - 13:45

DIMANCHE 21 AVRIL 2013

L'UE, offshore allemande? ("Danke Deutschland" et autres vérités croates)
La Croatie, qui deviendra en juillet le 28e membre de l'Union européenne, vient d'élire ses eurodéputés. Mais seul un Croate sur cinq aura jugé utile de se déranger pour un tel enjeu.
Ce chiffre est effarant pour une élection inaugurale. On l'explique dans les médias par la crise économique, les négociations interminables, les sacrifices imposés… Tout ceci tient. On oublie seulement un détail: c'est que l'UE, vue des Balkans, n'existe pas. Privée de son attrait économique — subsides et emplois — elle devient transparente.

Depuis le début de leur sécession d'avec la Yougoslavie, voici un quart de siècle, les Croates ont été en affaires avec l'Allemagne, leur alliée historique. C'est elle qui a imposé leur reconnaissance à rebours des usages diplomatiques en vigueur, elle qui les a financés, défendus, équipés, au mépris de la collégialité européenne. Du temps où la France était gouvernée, sous François Mitterrand, on pouvait encore entendre des protestations contre ce cavalier seul, même si cela n'entraînait aucune action concrète. Cette idylle a même été immortalisée par un hymne : "Danke Deutschland". Dans ce chef-d'œuvre de flagornerie, la souveraineté croate est fièrement présentée comme un "cher cadeau" de l'Allemagne.
L'UE n'a rien à voir là-dedans. En matière de relations internationales, de fait, l'UE n'a aucune consistance. Ses molles ingérences n'ont amené que faux espoirs et cruelles déceptions. Les récentes adhésions (Bulgarie, Roumanie) ont été clairement imposées par les besoins stratégiques de l'OTAN et non par les critères d'intégration européens. La politique financière de l'UE est dictée par les banques et pilotée par les cadres de Goldman Sachs. Sa gestion partiale de la crise du Kosovo est entièrement déterminée par Berlin et Washington.
Pourtant, lors de l'éclatement yougoslave, en 1990-91, l'UE a eu une chance historique de s'affirmer comme puissance continentale. Elle avait encore les moyens et le prestige nécessaires pour intégrer la Yougoslavie en bloc, et rendre obsolètes du même coup ses conflits territoriaux internes qui ont entraîné des dizaines de milliers de morts. Ainsi, elle faillit patronner un règlement à l'amiable entre les trois communautés bosniaques lors des pourparlers de Lisbonne en février 1992. Mais il suffit d'un coup de fil de l'ambassadeur américain en Yougoslavie, Warren Zimmermann, au président islamiste des musulmans de Bosnie, Izetbegović, pour que celui-ci retirât sa signature du document minutieusement négocié par le diplomate portugais Cutilheiro. Ce parjure fut le véritable détonateur de la guerre en Bosnie. Zimmermann s'est vanté dans ses mémoires de l'avoir suscité.
En laissant morceler cette fédération en micro-Etats chauvins pour ensuite les intégrer sélectivement, l'UE a discrédité l'idée même sur laquelle elle repose. La Yougoslavie était en effet son ancêtre et son prototype: un ensemble de cultures diverses soudé par un projet avant-gardiste et la volonté de mettre fin à des conflits ancestraux, un élan vers la prospérité et l'équité sociale, enfin un refus à la fois du repli ethnique et de la soumission aux puissances globales. Etat fondateur des non-alignés, la Yougoslavie indiquait, malgré ses imperfections, une voie à suivre vers l'Europe-puissance. En contribuant à son dépeçage au lieu de lutter pour son intégration, l'UE s'est avéré n'être, politiquement, qu'une filiale offshore des puissances du moment, Allemagne et Etats-Unis. Qui irait voter pour un spectre?

Le Matin Dimanche, 21 avril 2013.

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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Sam 25 Mai - 13:47

DIMANCHE 21 AVRIL 2013

L'UE, offshore allemande? ("Danke Deutschland" et autres vérités croates)
La Croatie, qui deviendra en juillet le 28e membre de l'Union européenne, vient d'élire ses eurodéputés. Mais seul un Croate sur cinq aura jugé utile de se déranger pour un tel enjeu.
Ce chiffre est effarant pour une élection inaugurale. On l'explique dans les médias par la crise économique, les négociations interminables, les sacrifices imposés… Tout ceci tient. On oublie seulement un détail: c'est que l'UE, vue des Balkans, n'existe pas. Privée de son attrait économique — subsides et emplois — elle devient transparente.

Depuis le début de leur sécession d'avec la Yougoslavie, voici un quart de siècle, les Croates ont été en affaires avec l'Allemagne, leur alliée historique. C'est elle qui a imposé leur reconnaissance à rebours des usages diplomatiques en vigueur, elle qui les a financés, défendus, équipés, au mépris de la collégialité européenne. Du temps où la France était gouvernée, sous François Mitterrand, on pouvait encore entendre des protestations contre ce cavalier seul, même si cela n'entraînait aucune action concrète. Cette idylle a même été immortalisée par un hymne : "Danke Deutschland". Dans ce chef-d'œuvre de flagornerie, la souveraineté croate est fièrement présentée comme un "cher cadeau" de l'Allemagne.
L'UE n'a rien à voir là-dedans. En matière de relations internationales, de fait, l'UE n'a aucune consistance. Ses molles ingérences n'ont amené que faux espoirs et cruelles déceptions. Les récentes adhésions (Bulgarie, Roumanie) ont été clairement imposées par les besoins stratégiques de l'OTAN et non par les critères d'intégration européens. La politique financière de l'UE est dictée par les banques et pilotée par les cadres de Goldman Sachs. Sa gestion partiale de la crise du Kosovo est entièrement déterminée par Berlin et Washington.
Pourtant, lors de l'éclatement yougoslave, en 1990-91, l'UE a eu une chance historique de s'affirmer comme puissance continentale. Elle avait encore les moyens et le prestige nécessaires pour intégrer la Yougoslavie en bloc, et rendre obsolètes du même coup ses conflits territoriaux internes qui ont entraîné des dizaines de milliers de morts. Ainsi, elle faillit patronner un règlement à l'amiable entre les trois communautés bosniaques lors des pourparlers de Lisbonne en février 1992. Mais il suffit d'un coup de fil de l'ambassadeur américain en Yougoslavie, Warren Zimmermann, au président islamiste des musulmans de Bosnie, Izetbegović, pour que celui-ci retirât sa signature du document minutieusement négocié par le diplomate portugais Cutilheiro. Ce parjure fut le véritable détonateur de la guerre en Bosnie. Zimmermann s'est vanté dans ses mémoires de l'avoir suscité.
En laissant morceler cette fédération en micro-Etats chauvins pour ensuite les intégrer sélectivement, l'UE a discrédité l'idée même sur laquelle elle repose. La Yougoslavie était en effet son ancêtre et son prototype: un ensemble de cultures diverses soudé par un projet avant-gardiste et la volonté de mettre fin à des conflits ancestraux, un élan vers la prospérité et l'équité sociale, enfin un refus à la fois du repli ethnique et de la soumission aux puissances globales. Etat fondateur des non-alignés, la Yougoslavie indiquait, malgré ses imperfections, une voie à suivre vers l'Europe-puissance. En contribuant à son dépeçage au lieu de lutter pour son intégration, l'UE s'est avéré n'être, politiquement, qu'une filiale offshore des puissances du moment, Allemagne et Etats-Unis. Qui irait voter pour un spectre?

Le Matin Dimanche, 21 avril 2013.

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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Mer 12 Juin - 22:40

Voici le lien de l'émission 

Slobodan Despot, fondateur des Éditions Xenia

Source :

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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Mer 12 Juin - 22:47

MARDI 4 JUIN 2013

Jean Romain, penseur du Tao



Citation :
« La rébellion des nouvelles idéologies contre le Tao est une rébellion des branches contre l’arbre: si les rebelles parvenaient à vaincre, ils s’apercevraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. » (C. S. Lewis, L'abolition de l'homme, chap. II « The Way »)




Jean Romain est le philosophe de l’éducation le plus connu et le plus lu de Suisse Romande. Son essai La Dérive émotionnelle (L’Age d’Homme, 1998) a introduit un concept-clef dans le langage commun: à savoir que l’homme moderne — surtout à l’échelle collective — se laissait trop facilement obnubiler par l’émotion tandis que le jugement rationnel était dénigré et négligé; et que cette dérive n’était pas occasionnelle ni fortuite, mais bien voulue et orchestrée par le système éducatif, moral et médiatique en place.








Un être guidé par ses impulsions émotives et amputé de sa raison est manipulable et nécessairement manipulé, estimait Jean Romain. Pour cette raison, ce professeur respecté s’est toujours opposé aux doctrines pédagogiques-pédagogistes du temps, prétendant placer l’élève, et non le savoir, au centre du projet scolaire, prétendant éduquer plutôt qu’instruire. Trente-sept années durant, à Genève, il a mené sa barque comme il l’entendait: non comme il lui plaisait, mais comme on l’a toujours pratiqué, et comme on le pratique encore dans les sciences et les arts que l’idéologie n’a pas encore brouillés. Cela lui a valu la haine des pédagogos en place et une solide réputation de réac. Il n’en eut jamais cure.




Aujourd’hui, Jean Romain a jeté l’éponge. En quittant prématurément le professorat, il a pris la peine de livrer publiquement ses raisons, sans détours ni langue de bois. L’acte est à saluer dans cette Suisse où il est mal venu de faire des vagues. « L’école manque de vie », dit-il et cette phrase résume tout. Il parle bien entendu de l'école qu'il a pratiquée, à Genève, qui est à la fois l'un des systèmes les plus "avancés" et les moins performants de Suisse. Elle est, d'une certaine manière, le laboratoire de pointe d'une tendance omniprésente, portée par les réseaux académiques et les organisations internationales, et définie par des postulats philosophiques et anthropologiques étroits. Un lit de Procuste global ne tenant compte ni des héritages spirituels ni des traditions locales. Ni, et c'est peut-être le plus grave, des aspirations réelles de l'être humain tel qu'il est, remplacées par une vision volontariste de l'humanité telle qu'elle devrait être, projet en chantier permanent dont les pédagogues sont les interprètes et les ingénieurs. Oui, pour Jean Romain, l’école manque de vie car elle est, par ses exigences nulles et le rôle d’animatrice-éducatrice qu’elle s’est donné, une antichambre de l’ennui et de la standardisation de l’humain, donc de la mort. Comme JR le rappelle sans cesse, on le lui demandait pas d'éduquer — laissons cela à la famille, tant qu'elle existe — mais d'abord d'instruire.




« We don’t need no education », chantait Pink Floyd dans « The Wall ». Il vaut la peine d’écouter ces textes, souvent profonds, foudroyants et prophétiques. Nous n’avons pas besoin d’éducation, crie cet hymne des années 80, et il ajoute aussitôt: Nous n’avons pas besoin de contrôle de pensée (« We don’t need no thought control »). Nous ne voulons pas — et c’est le message clef de cet album-univers orwellien, monument de la culture du XXe siècle — nous ne voulons pas « n’être que des briques dans le Mur ». Pink Floyd avait compris, à la suite d’Orwell, de Soljénitsyne, de Zamiatine et de tous les témoins et penseurs de l’ère totalitaire, que l’« éducation » des masses n’était qu’une chaîne de dressage pavée de belles intentions, mais dont le résultat ultime n’était plus qu’une ombre d’humain, créature pavlovienne guidée par ses désirs et ses peurs, habitée d’un vide que le Pouvoir comble, au choix, par des élans grégaires et vindicatifs — comme dans le nazi-communisme — ou par des boulimies de consommation et de jouissance incontrôlées — comme dans l’utopie libérale-libertaire où nous vivons. Tout, sauf l’être « autonome et conscient de soi » que la tradition occidentale, creuset de l’idée même de liberté avait, depuis Sophocle, posé comme modèle de l’humain.




Le combat de Jean Romain n’a rien de ringard — à moins qu’on taxe de ringards les esprits les plus lucides du XXe siècle. Ce n’est pas du « comme avant » qu’il réclame, mais du « comme il faut ». Ce n’est pas telle ou telle doctrine sociale ou religieuse qui l’anime, mais le sentiment inné, et universellement partagé quoi qu’en disent les idéologues, du juste et du bon. Faire entrer dans la filière scolaire des enfants vifs et curieux pour en voir sortir des idiots semi-analphabètes, cela ne peut être appelé un succès, sauf si l’idiotie généralisée est l’objectif du projet.




Aux velléités d’intrusion du Pouvoir dans nos vies, justifiées par la pensée scientiste et facilitées par ses inventions, Jean Romain a opposé la relation essentiellement humaine et personnelle du maître et de l’élève. Au dressage (fût-il « copain »), il a opposé l’instruction, à la pédagogie de laboratoire le bon sens et l’expérience. Enseigner des connaissances objectives, transmettre des outils d’expression et de compréhension — à commencer par la langue —, cultiver des matières et des valeurs non périssables, c’est créer des personnalités pourvues de maîtrise et sûres de leur jugement propre. Le contraire exact de l’être interdépendant, balbutiant et immature que l’école moderne est fière de fabriquer. Si un tel projet est antimoderne, c’est que la « modernité » est devenue synonyme de régression et d’esclavage.




Jean Romain a introduit dans le débat scolaire suisse des idées percutantes, fraîches, et des auteurs novateurs, tel qu’un Jean-Claude Michéa avec son Enseignement de l’ignorance. Dans ses chroniques, que j’ai eu l’honneur de publier sous le titre Pour qui sonne le même (Xenia 2006), il montrait avec lucidité que la postmodernité ne construisait pas un nouveau monde mais se contentait de déconstruire l’ancien: « la fin du monde est derrière nous »! Ses références et ses lectures retracent un conservatisme de civilisation, chrétien mais non politique, ni de droite ni de gauche, qui tient en un seul parti pris: celui de la loi naturelle, partagée et non fabriquée, que l’Ingénierie scientiste des âmes s’ingénie à disséquer et à faire disparaître, pour la remplacer par des doctrines interchangeables entièrement dues à l’arbitraire des modes et des jeux de pouvoir. En un mot, pour reprendre la magnifique métaphore de C. S. Lewis, Jean Romain est un taoïste. Défenseur de cette « Voie » (Tao) que toutes les civilisations se sont toujours efforcées de suivre, sur laquelle elles ont toutes fondé leurs systèmes de valeurs, mais que personne encore n’a pu définir ou altérer. Toutes les traditions, toutes les sagesses en proviennent, ainsi que tous les codes fondamentaux de conduite. L’école était l’un des lieux de cette transmission tacite jusqu’à ce que des mages « scientifiques » viennent en redéfinir la mission comme les méthodes au gré de leurs expérimentations.




Politicien poli mais argumenté, membre d'un parti bourgeois peu enclin aux débats de fond, Jean Romain mène, à l'écart des chapelles, un combat plus important que les causes politiques. Il y va, au travers de ce que nous enseignons aux générations nouvelles, de la survie de l'individu civilisé ou de sa transformation en un troupeau docile encadré par une élite autoproclamée d'idéologues et de technocrates.




Le Nouvelliste, 4 juin 2013.
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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Mer 12 Juin - 22:50

VENDREDI 31 MAI 2013

Un printemps français



Comment fait-on baisser à coup sûr les chiffres du chômage? — On en confie le décompte à la police! C'est la blague qui circule à Paris depuis la "manif pour tous" du 26 mai. La préfecture, suivie par les médias dociles, évaluait à 150'000 personnes une marée humaine nettement plus proche du million. Héritant d'un pays en crise au sein d'une Europe à la dérive et n’apportant aucune idée de relance, le gouvernement socialiste ne s’est pas trouvé de mission plus urgente que de combler les besoins de reconnaissance des gays, qui semblaient pressés de convoler à l'heure même où l'institution du mariage était ringardisée par celle du divorce.

Au fait, l’étaient-ils vraiment? Il eût été utile, avant l'ouverture du débat, de déterminer par sondage le nombre des homosexuels (déclarés ou non) en France et, parmi eux, la part de ceux souhaitant se marier. Ces deux chiffres, et surtout leur écart, auraient permis d'évaluer le degré de concordance entre les priorités du pouvoir et celles de la population. On ne les connaîtra jamais.

Le soupçon demeure donc qu’on aura fait tout ce ramdam au profit d’une minorité infime. Les dégâts collatéraux sont considérables : contestation massive, plongée de la cote déjà abyssale du président Hollande, propagande et mensonges d’envergure soviétique dans les médias officiels. Et l’argument ultime des humanistes: l’Etat policier. Pour avoir escaladé le siège du PS — sans même entrer dans ses locaux — et déroulé une banderole, des jeunes ont été détenus 72 heures en garde à vue et traités comme des criminels. Les temps ont bien changé, m’assurent les vétérans de l'agitation de rue: dans les années 70, lancer des cocktails Molotov sur les «condés» vous valait une bonne raclée et quelques semaines de prison. Aujourd'hui, pour le même geste — attention terrorisme! —, on risque vingt ans!


La garde des Sceaux avait raison de parler d'un changement de civilisation. Son erreur aura été de ne pas mesurer la portée de ses mots. Le camp d'en face, lui, l'a bien comprise. Un objet de cette portée ne se traite pas au Parlement, simple relais des décisions du pouvoir. N'avait-il pas essuyé un désaveu cinglant lors du dernier référendum (du reste bafoué), celui sur la Constitution européenne? Si un changement de civilisation ne justifie pas un référendum, qu'est-ce qui le justifie?

La France, on l'avait oublié, est la plus violente des nations d'Europe. Ses insurrections sont à la hauteur de ses indolences. Le 21 mai, comme pour hâter la venue du printemps, un historien hanté par l’avenir de son pays se tirait une balle devant l'autel de Notre-Dame. Presque chaque jour, des jeunes gens sans histoires, ces Français «ordinaires» que leurs autorités méprisent ouvertement, courent avec joie se frotter aux robocops de M. Valls. Dans les cours des lycées, rapportent les profs, l’opinion politique revendiquée et branchée, ces temps-ci, s'appelle «Marine». Est-ce le printemps français? C'est en tout cas un grand changement de saison. Il faut être une taupe ou un ministre pour ne pas le sentir.

Le Nouvelliste, 31 mai 2013.

P. S. Les réseaux sociaux et la généralisation des outils multimédia ne profitent pas qu’aux printemps arabes. La vidéo d’une arrestation totalement arbitraire, saisie par l’avocat des victimes et publiée parLe Point, vaut mille mots.
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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Mar 9 Juil - 5:11

VENDREDI 28 JUIN 2013

Le chien fou
A l’heure où j’écris ceci, on ne sait toujours rien du sort de la « balance » qui a divulgué l’ampleur de l’espionnage électronique institué par les agences de sécurité américaines. Edward Snowden se trouverait encore à l’aéroport de Moscou. Il devrait, comme Julian Assange, trouver refuge en Équateur, petit pays d’Amérique latine soudain devenu havre des maquisards numériques. La Russie, sans lui accorder l’asile, a toutefois exclu de l’extrader aux États-Unis, où l’on ne badine pas avec l’accusation d’espionnage. Le soldat Bradley Manning en sait quelque chose, lui qui risque perpète pour avoir révélé via Wikileaks des crimes de guerre US particulièrement hideux. Lui qui, loin d’être distingué pour sa bravoure et son humanisme, fait l’objet depuis son arrestation d’un « traitement cruel, inhumain et dégradant ». Ces mots sont de l’ONU…

Les mêmes mots, voire pires, s’appliquent au traitement des détenus du camp de Guantanamo, que le premier président noir, cool, tweeteur et accessoirement prix Nobel de la Paix ne songe plus du tout à fermer. A voir les vocations de kamikazes que le seul nom de cet enfer suscite dans le monde musulman, on pourrait penser que les États-Unis n’entendent pas éradiquer le terrorisme, mais au contraire le faire fleurir.

Vous souvenez-vous de Bobby Fisher, le plus grand joueur d’échecs de tous les temps ? Je l’ai croisé, dans les années 90, en Yougoslavie. Il y avait rejoué son match historique contre Boris Spassky, au mépris de l’embargo total institué contre ce pays par la « communauté internationale » (lisez : les USA et leur cour). Depuis, ce génie était traqué dans le monde entier pour une partie d’échecs et quelques délits d’opinion. Caché au Japon, malade, il finit par obtenir l’asile en Islande, où il parvint juste à temps pour y mourir en paix. Hors de l’île aux geysers, le monde démocratique et « libre » n’avait pas fait un geste pour lui.

Avec Ben Laden, on a fait encore mieux : presque dix ans après sa mort probable — il était sous dialyse en septembre 2001 ! — le voici qui ressuscite au Pakistan pour se faire abattre et jeter à la mer, sans même une photo, par des commandos US. Trois mois plus tard, le même SEAL Team 6 était descendu dans son hélico au-dessus de l'Afghanistan. Trente soldats d’élite morts d’un coup, et presque rien dans les médias ! Dommage. Pour toute preuve de la capture du Fantômas enturbanné, il nous reste le film de Kathryn Bigelow Zero Dark Thirty, un brillant divertissement qui a bien mérité son Oscar. Les scripts de Hollywood nous tiendront bientôt lieu de manuels d’histoire.



Le gendarme global se comporte comme un chien fou. Il torture, viole, rançonne, bombarde, assassine. Il arme en Syrie les mêmes terroristes d’Al Qaida qu’il prétend traquer ailleurs. Il nous sert des montages pour débiles mentaux que nos autorités et nos médias répercutent par couardise, dénonçant avec zèle les sceptiques. A quel moment la bienséance se mue-t-elle en complicité ? Voilà un bon sujet pour les futurs historiens de la collaboration…

Le Nouvelliste, 28 juin 2013.

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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Mer 31 Juil - 20:59

MERCREDI 31 JUILLET 2013

Franz Weber: mon engagement pour la Serbie
Franz Weber est, avec Roger Federer, le plus illustre des Suisses. Outre ses nombreuses campagnes pour l'environnement et la protection des animaux, il s'engage également, avec sa fondation, pour la défense des trésors culturels de l'humanité menacés par l'industrialisation. Ayant défendu avec succès les Baux-de-Provence ou le sanctuaire de Delphes, il milite depuis des décennies pour le classement des monastères serbes du Kosovo dans la liste du patrimoine mondial gérée par l'UNESCO.

Pour cette raison, Le 29 juillet dernier à Berne, le grand écologiste suisse recevait des mains de l'ambassadeur de Serbie, M. Milan St. Protić, la Médaille d'argent du mérite qui lui a été décernée par le président de Serbie pour son engagement en faveur de la préservation de l'héritage architectural et spirituel de la Serbie. Voici l'allocution, remarquable, qu'il a tenue à cette occasion.

MON ENGAGEMENT POUR LA SERBIE

Je me sens particulièrement honoré et ému par la distinction qui m’est décernée aujourd’hui par M. Tomislav Nikolić, le président de la République de Serbie. Depuis que je me bats pour la sauvegarde de l’héritage culturel et spirituel de ce pays, il m’a parfois semblé que c’était, de tous mes combats, le moins bien compris et le plus mal accueilli. Mais je mesure toujours l’importance de mes causes à l’intensité des oppositions qu’elles soulèvent. Selon ce critère, la cause serbe est une cause cruciale.

Tout avait commencé voici plus de trente ans, lorsque mon ami Komnen Bećirović, de Paris, avait attiré mon attention sur le sort de deux monastères de l’Église orthodoxe serbe menacés par l’industrialisation : celui de Morača, au Monténégro, et celui de Studenica en Serbie. Je savais déjà que c’étaient des hauts lieux de l’histoire serbe et des joyaux de l’art médiéval. Lorsque je me suis rendu sur place, j’ai également compris et ressenti le rayonnement spirituel de ces lieux. En pénétrant dans l’enceinte de Studenica, j’ai eu l’impression d’avoir découvert l’un des portails qui mènent au ciel. Il n’y a pas besoin d’être moine orthodoxe pour le croire, pas même besoin de croire en Dieu. Il m’était d’autant plus incompréhensible que des gens puissent envisager de noyer ces foyers de civilisation sous l’eau d’un barrage.

Plus tard, en 1999, c’est une menace encore plus grande que nous eûmes à affronter, avec les 78 jours de bombardements qu’a subis la Serbie de la part de l’OTAN. Je perdais le sommeil en pensant à cette barbarie qui se prolongeait.

On se demande parfois d’où me viennent cette ferveur et cet attachement à un pays étranger. Se l’est-on demandé lorsque je suis allé arracher le sanctuaire de Delphes aux mains des bétonneurs et des pétroliers ? L’enjeu, ici, est très semblable : la civilisation et l’art sacrifiés à de basses opérations géopolitiques.

Mais ce n’est pas tout. Je suis, on le sait, un grand patriote, un amoureux fou de la Suisse. Or il existe des similitudes mystérieuses entre mon pays et la Serbie. Une passion semblable pour l’indépendance et la souveraineté à tout prix. Des ennemis historiques communs : la maison des Habsbourg. Des montagnes sauvages et spectaculaires habitées par un peuple dur à cuire. Une culture ancestrale de la milice et de la population armée. Et puis, surtout, cette situation d’écharde dans le pied des grandes puissances, qui nous vaut, aux Suisses comme aux Serbes, des campagnes de dénigrement et d’intimidation périodiques.

Être suisse, comme être serbe, est un honneur et un destin. Je suis fier, aujourd’hui, d’être reconnu et aimé par ces deux nations infiniment plus grandes par le rôle qu’elles jouent que par leur force démographique ou par leur étendue.

Franz Weber




Dernière édition par Nadezda le Jeu 1 Aoû - 5:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Mer 31 Juil - 21:07

DIMANCHE 28 JUILLET 2013

H. H.
Le creux de l’été me ramène parfois à ces vies antérieures où je pouvais passer des journées entières à bouquiner à l’ombre d’un acacia, bercé par l’infime zézaiement des insectes et ne levant les yeux que pour suivre la migration des rayons de soleil sur l’herbe, qui me tenait lieu d’horloge. J’ai lu ainsi, avec des tartines et des pommes, les classiques que seul l’adulte peut comprendre, mais que seul l’adolescent a le temps de lire. Ce décalage tragique nous fait confondre, parfois, la « grande » littérature avec le Machu Picchu ou le temple d’Angkor, des monuments sublimes mais dont l’ordre et les symboles paraissent sans rapport aucun avec notre vie. Ah, si jeunesse savait…

Or voici que l’été de mes 46 ans, je tombe sur un livre allemand au titre irrésistible, que l’on pourrait traduire par : « La magie intérieure des commencements. Récit de la vie d’Hermann Hesse. » Hesse : l’un des classiques de notre adolescence, qui nous attirait plutôt par l’aura de mysticisme oriental qui l’entourait que par la matière réelle de ses livres, jalons d’une existence déchirée et si riche d’enseignements. La biographie que lui consacre Alois Prinz nous dépeint un enfant inadapté et malheureux — un « HP », dirait-on aujourd’hui — ricochant entre une famille aimante mais bigote jusqu’à la bêtise et cette éducation disciplinaire, inhumaine, qui préparait des générations d’Européens à se faire massacrer sans but et sans objection dans les charniers de 1914. Tentatives de suicide. Fugues. Poèmes naïfs à compte d’auteur. Et puis, soudain, quelques récits qui touchent une fibre encore jamais titillée…

Hesse dans les Alpes

Ses détracteurs ont accusé le prix Nobel allemand d’avoir rhabillé ses complexes de jeunesse en rêveries littéraires assaisonnées d’analyse jungienne. Ce n’est pas faux. Mais l’objection pourrait s’étendre à la plupart des auteurs. Le miel des artistes n’est qu’un distillat de leurs poisons intérieurs. Encore faut-il savoir distiller.

Nietzsche vient de dévaster la civilisation puritaine, Freud et Jung carottent l’âme humaine comme un sous-sol, l’Allemagne païenne et industrielle déborde de son berceau chrétien et rural, bête enivrée par sa propre force qu’un caporal autrichien va faire danser comme un ours de foire. Hesse canalise dans sa vie les énergies titanesques et opposées de son temps. La « voie médiane » de sa quête ne peut être qu’une moyenne mathématique entre deux extrêmes, la voie de l’ange et celle du démon. L’être entier que veut la morale civique et religieuse est périmé, et l’être nouveau, complexe et déchiré, n’a pas encore trouvé sa définition. A ses nombreux admirateurs, il ne donnera qu’un conseil : écoute-toi toi-même. Le disciple, selon lui, est un être inachevé par définition.

En un mot, l’auteur de Siddhartha et de Narcisse et Goldmund était un observateur aigu et crucial du siècle le plus douloureux de notre histoire. Il nous rappelle que la littérature est, à ce jour, la forme la plus riche et la plus fidèle du témoignage humain. En la négligeant, nous négligeons notre humanité elle-même.
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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Lun 9 Sep - 22:44



Depuis que Slobodan Despot a accepté d'être le porte parole d'Oskar Freysinger, il y a pas mal de réactions négatives a son encontre. Personnellement je suis solidaire de Slobodan Despot.




A quoi le "Temps" passe son temps (chap. 1: la partie ludique)
Despot-LeTemps-130827

1. Pourquoi "Le Temps" souligne-t-il l'origine ethnique — incomplète — du porte-parole d'Oskar Freysinger?

a) Pour saluer l'ouverture du ministre UDC aux jeunes issus de l'immigration.
b) Pour mettre en garde contre l'invasion étrangère.
c) Serbe = Srebrenica = génocide = pas sympa.


2. Pourquoi "Le Temps" parle-t-il de Srebrenica en traitant de l'actualité valaisanne?

a) Par devoir de malveillance.
b) Par devoir de mémoire.
c) Pour se faire de la pub (les propos de l'intéressé sur cette question ayant paru justement dans "Le Temps" en juin 2011).


3. "Le Temps" est un journal

a) De droite.
b) De gauche.
c) Sans importance.


4. Avec un tel style d'information, "Le Temps" est

a) Un bureau de police.
b) Un journal de référence.
c) Du passé.
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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Lun 9 Sep - 22:51

suite





A quoi le "Temps" passe son temps (chap. 2 et fin: la partie grave)
Despot-LeTemps-130827

En tant que futur chargé de communication du Conseiller d’État Oskar Freysinger, je suis tenu à la réserve sur les sujets qui concernent ma future fonction.

Mais cette fonction future ne débutera que le 1er septembre à minuit. D’ici là, je profite de ma pleine liberté de parole pour dénoncer une publication discriminatoire à l’encontre de ma personne.

Depuis des semaines, quelques journalistes harcelaient Oskar Freysinger et moi-même à propos d’un sujet sans aucun rapport avec nos préoccupations actuelles, mais clairement lié à une volonté de lui nuire et de me nuire. Nous n’avons évidemment pas donné suite à ces sollicitations.

Suite à l’annonce de notre future collaboration, via un communiqué du DFS valaisan émis hier 26 août à 18 heures, la correspondante valaisanne du « Temps » m’a appelé pour m’interroger sur mes relations passées, actuelles et futures avec mon ami, auteur et mandant Oskar Freysinger. A en juger par ses questions, et surtout le ton sur lequel elles étaient posées, tous les aspects de ces relations étaient suspects et, quelque part, répréhensibles. Mais « quelque part », c’est nulle part, et il n’y avait au fond rien de contestable à ce qu’un ministre engage à son service, par une procédure ordinaire, une personne de confiance qu’il juge utile à son travail. Tous le font, seul Freysinger est questionné. S’il fallait justifier un poste de délégué à la communication, ce seul cas de pression médiatique pourrait servir d’argument.

Or la question y relative — « Comment peut-il engager un collaborateur de plus quand il doit économiser 25 millions sur son budget » — m’avait paru si puérile que j’y avais répondu par une boutade. Laquelle s’est retrouvée dans l’article. Mais là n’est pas le hic.

Le hic — et même le hoquet, à l’autre bout du fil — est apparu lorsque, interrogé sur mes propos prétendument « négationnistes » à propos de Srebrenica, j’ai fait remarquer à la journaliste du « Temps » que ces propos, qu’un quotidien alémanique a déterrés voici quelques semaines, étaient tirés de son propre journal ! L’argument-clef de l’Arbeitsverbot intenté par des journalistes désireux de téléguider les choix d’un ministre élu tenait, en réalité, dans quelques questions logiques que j’avais posées dans une tribune du « Temps » du 1er juin 2011 — et dont je n’ai plus entendu parler autrement qu’en bien, puisqu’elle fut traduite dans au moins quatre langues. « La Boîte de Pandore du conflit bosniaque » énumérait certaines questions que le tribunal de La Haye devrait forcément se poser lors du procès du général serbe Ratko Mladić. Un procès, soit dit en passant, qui péclote et dont les médias ne parlent guère, alors qu’il est censé sanctionner, justement, le responsable du « plus grand massacre depuis la IIe guerre mondiale » (si l’on excepte ceux commis par les Américains, qui sont hors compétition).

Ainsi donc, si j’étais vraiment un « négationniste » (« Genozid-Leugner ») comme m’en accusait un article idiot du « Tages Anzeiger », c’était « Le Temps » qui avait servi de canal à mon négationnisme. Le délateur du « Tagi », sans doute conscient du problème, avait omis de citer sa source. Sa collègue du « Temps », elle, n’avait pas fait l’effort de la retrouver. Elle avait probablement retraduit de l’allemand des citations tronquées. Voilà tout le soin qu’elle a mis à esquisser mon portrait.

Mais c’était bien suffisant au vu du but visé. Le but de son appel, et de son article, n’était pas d’informer sur l’interlocuteur, mais de le faire « trébucher » (le verbe apparaît au dernier paragraphe). Comme si l’information, au « Temps », relevait d’un art martial. Mais comme la peau de banane, somme toute, était plutôt inoffensive, on a rajouté une couche dans le chapeau même de l’article : « L’éditeur serbe sera le chargé de communication » de qui vous savez. Serbe. Srebrenica. Massacre. Pavlov. Arbeitsverbot !

Hélas, madame Parvex, hélas, chers humanistes ouverts et tolérants du « Temps », il se trouve que je suis suisse. La dernière fois qu’on m’a contesté cette appartenance, c’était au recrutement, où un colonel particulièrement obtus (un facho dans le vocabulaire de gauche), était sorti de ses gonds parce que je lui répondais et m’avait recommandé de « rentrer dans mon pays ». « Justement: mon pays, c’est ici ; et la preuve, c’est que je me trouve devant vous », fut ma dernière réplique avant l’envoi dans une caserne alpine redoutée où j’allais avoir un grave accident. Elle m’a coûté cher, mais elle m’a ancré dans cette identité qui est aujourd’hui la mienne. Mon livre le plus lu, Valais mystique, un succès populaire et critique dont Mme Parvex s’est bien gardée de me créditer, était même tout entier motivé par le besoin de « payer ma dette à cette patrie d’accueil ».

Il y a dans cette rage idéologique quelque chose d’aveugle, de forcené et de profondément inique. Imagine-t-on un journal suisse traiter d’« arabe » l’hypothétique conseiller d’origine maghrébine d’un ministre socialiste ? Pourquoi fallait-il relever mon origine — erronée du reste, puisque l’État où je suis né s’appelait Yougoslavie et que je suis à moitié croate par le sang (détails que Mme Parvex dans sa fièvre n’a pas eu le temps de méditer) ? Pourquoi, justement, faut-il faire mention des liens de sang dans l’entourage d’un Freysinger alors qu’on se l’interdit dans tous les autres cas ? Parce que dans les années 1990, en tant que Suisse, j’ai été un empêcheur d’affabuler en rond sur le conflit qui avait détruit mon pays natal ? Ou parce que tous les moyens sont bons pour compromettre le conseiller d’État, l’isoler professionnellement et entraver son action ?

Ils utilisent un organe d’information comme une arme de combat et se désolent ensuite de sa perte d’influence. De quoi, en fin de compte, ces gens ont-ils tellement peur ?

Je ne suis pas encore chargé de communication du Conseiller d’État Freysinger et mes partis pris, pour le moment, ne concernent que moi. Mais il sera difficile, pour le naturalisé que je suis, d’entretenir la communication avec un journal qui pratique dans ce pays la discrimination ethnique.

Slobodan Despot, le 27 août 2013.
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MessageSujet: Re: Chronique de Slobodan Despot !   Mer 10 Sep - 11:15

http://blog.despot.ch/le-syndrome-tolstoievsk
y

Le syndrome Tolstoïevsky
2014-09-08 21:26:38
Le problème, avec l’approche occidentale de la Russie, n’est pas tant dans le manque de volonté de comprendre que dans l’excès de volonté de ne rien savoir.

Cette nation qui a donné Pouchkine et Guerre et Paix, Nijinsky et le Lac des Cygnes, qui a l’une des plus riches traditions picturales au monde, qui a classé les éléments de la nature, envoyé le premier homme dans l’espace (et le dernier à ce jour), qui a produit des pelletées de génies du cinéma, de la poésie, de l’architecture, de la théologie, des sciences, qui a vaincu Napoléon et Hitler, qui édite les meilleurs manuels — et de loin — de physique, de mathématiques et de chimie, qui a su trouver un modus vivendi séculaire et pacifique, sur fond de respect et de compréhension mutuelle, avec ses Tatars et ses indénombrables musulmans, khazars, bouddhistes, Tchouktches, Bouriates et Toungouzes, qui a bâti la plus longue voie de chemin de fer au monde et l’utilise encore (à la différence des USA où les rails légendaires finissent en rouille), qui a minutieusement exploré et cartographié les terres, usages, ethnies et langues de l’espace eurasien, qui construit des avions de combat redoutables et des sous-marins géants, qui a reconstitué une classe moyenne en moins de quinze ans après la tiers-mondisation gorbatcho-eltsinienne, cette immense nation, donc, qui gouverne le sixième des terres émergées, est soudain traitée, du jour au lendemain, comme un ramassis de brutes qu’il s’agit de débarrasser de leur dictateur caricatural et sanglant avant de les éduquer à servir la « vraie » civilisation !
*
L’Occident ressort la même guignolerie haineuse à chaque crise, depuis Ivan le Terrible à « Putler »-Poutine, en passant par le tsar Paul, la guerre de Crimée, le pauvre et tragique Nicolas II, et même l’URSS où tout succès était dit « soviétique » et tout échec dénigré comme « russe ».
Des nations serviles qui accordent aux Américains un crédit illimité de forfaiture et de brigandage « parce-qu’ils-nous-ont-libérés-en-45 » n’ont pas un mot, pas une pensée de gratitude pour la nation qui a le plus contribué à vaincre l’hydre national-socialiste… et qui en a payé le prix le plus lourd. Ses élus sont traités en importuns, son président caricaturé avec une haine obsessionnelle, la liberté de mouvement et de commerce de ses citoyens, savants, universitaires et hommes d’affaires est suspendue au bon vouloir d’obscures commissions européennes dont les peuples qu’elles prétendent représenter ne connaissent pas le nom d’un seul membre, ni pourquoi il y siège plutôt qu’un autre larbin des multinationales.
Mais tout ceci n’est encore rien. C’est dans l’ordre des choses. L’Occident et la Russie ne font que jouer les prolongations, à l’infini, du conflit Rome-Byzance en l’étendant aux continents voisins voire à l’espace interplanétaire. La vraie guerre des civilisations, la seule, est là. Barbare comme le sac de Constantinople, apocalyptique comme sa chute, ancienne et sournoise comme les schismes théologiques masquant de perfides prises de pouvoir. Tapie dans les replis du temps, mais prête à bondir et à mordre comme un piège à loups. C’est le seul piège, du reste, que l’empire occidental n’ait pas posé tout seul et qu’il ne puisse donc désamorcer. (Étant entendu que la menace islamique n’est que le produit des manœuvres coloniales anglo-saxonnes, de la cupidité pétrolière et de l’action de services d’État occupés à cultiver des épouvantails pour effrayer leurs propres sujets, puis à les abattre pour les convaincre de leur propre puissance et de leur nécessité.)
La menace russe, elle, est d’une autre nature. Voici une civilisation quasi-jumelle, ancrée sur ses terres, consciente d’elle-même et totalement ouverte aux trois océans, à l’Arctique comme à l’Himalaya, aux forêts de Finlande comme aux steppes de Mongolie. Voici des souverains qui — depuis la bataille de Kazan remportée par ce même Ivan qui nous sert de Père Fouettard — portent le titre de Khans tatars en même temps que d’Empereurs chrétiens siégeant dans l’ultime Rome, la troisième, Moscou, qui fleurit au moment où Byzance gémissait sous l’Ottoman et le pape sous la verge de ses mignons. Voici une terre aux horizons infinis, mais dont les contours sont gravés dans l’histoire du monde, inviolables bien que diffus. Voici des gens, enfin, et surtout, aussi divers qu’on peut l’imaginer, mêlant au sein d’un même peuple le poil blond des Vikings aux yeux obliques et aux peaux tannées de l’Asie. Ils n’ont pas attendu le coup de départ du métissage obligé, les Russes, ils l’ont dans leur sang, si bien assimilé qu’ils n’y pensent plus. Les obsédés de la race au crâne rasé qu’on exhibe sur les chaînes anglo-saxonnes ont la même fonction que les coucous suisses : des articles pour touristes.
*
Cela ressemble tellement à l’Europe. Et c’en est tellement loin ! Tellement loin que les infatigables arpenteurs des mers — génois, anglais, néerlandais, espagnols —, qui connaissent l’odeur de la fève de tonka et la variété des bois de Sumatra, ne savent rien de la composition d’un borchtch. Ni même de la manière dont on prononce le nom de cette soupe. Ce n’est pas qu’ils ne pourraient pas l’apprendre. C’est qu’ils n’en ont pas envie. Pas plus qu’ils ne veulent connaître, vraiment, l’esprit, les coutumes et la mentalité des immigrants exotiques qu’ils accueillent désormais par millions et qu’ils laissent s’agglutiner en ghettos parce qu’ils ne savent comment leur parler.
J’ai dû, moi, petit Serbe, apprendre deux langues et deux alphabets pour entamer ma vie d’immigré. J’en ai appris d’autres pour mieux connaître le monde où je vis. Je m’étonne sincèrement de voir que mes compatriotes suisses ne savent pas, pour la plupart, les deux autres grandes langues de leur pays. Comment connaître autrui si vous ne savez rien de la langue qu’il parle ? C’est le minimum de la courtoisie. Et cette courtoisie, désormais, se réduit de plus en plus à des rudiments d’anglais d’aéroport.
De même font les Russes, dont l’éducation intègre la culture ouest-européenne en sus de la leur propre. Où voit-on la réciproque, à l’ouest du Dniepr ? Depuis Pierre le Grand, ils se considéraient européens à part entière. Les artistes de la Renaissance et les penseurs des Lumières sont les leurs. Leontiev, le père Serge Boulgakov, Répine, Bounine, Prokofiev et Chestov sont-ils pour autant les nôtres ? Non, bien entendu. Parler français fut deux siècles durant la règle dans les bonnes maisons — et le reste encore parfois. Ils se sont intensément crus européens, mais l’Europe s’est acharnée à leur dissiper cette illusion. Quand les jeunes Russes vous chantent Brassens par cœur, vous leur répondez en évoquant « Tolstoïevsky ». L’Europe de Lisbonne à Vladivostok n’aura été réelle qu’à l’Est. A l’Ouest, elle ne fut jamais que la projection livresque de quelques visionnaires.
L’Europe de Lisbonne à Vladivostok ! Imagine-t-on la puissance, la continuité, le rayonnement, les ressources d’un tel ensemble ? Non. On préfère definitely se mirer dans l’Atlantique. Un monde vieillissant et ses propres outlaws mal dégrossis s’étreignant désespérément par-dessus la mer vide et refusant de voir dans le monde extérieur autre chose qu’un miroir ou un butin. Leur derniers échanges chaleureux avec la Russie remontent à Gorbatchev. Normal : le cocu zélé avait entrepris de démonter son empire sans autre contrepartie qu’une paire de santiags au ranch de Reagan. Vingt ans plus tard, les soudards de l’OTAN occupaient toutes les terres, de Vienne à Lviv, qu’ils avaient juré de ne jamais toucher ! Au plus fort de la Gorbymania, Alexandre Zinoviev lançait son axiome que tous les Russes devraient apprendre au berceau : « Ils n’aimeront le tsar que tant qu’il détruira la Russie ! »
*
«Ah, vous les Slaves ! » — ouïs-je souvent dire — «Quel don pour les langues ! » Je me suis longtemps rengorgé, prenant le compliment pour argent comptant. Puis, ayant voyagé, j’ai fini par comprendre. Ce n’est pas « nous les Slaves » qui avons de l’aisance pour les langues : c’est vous, les « Européens » qui n’en avez pas. Qui n’en avez pas besoin, estimant depuis des siècles que votre package linguistique (anglais, français, allemand, espagnol) gouverne le monde. Pourquoi s’escrimer à parler bantou ? Votre langue, étendard de votre civilisation, vous suffit amplement, puisqu’au-delà de votre civilisation, c’est le limes (comme au temps de César), et qu’au-delà du limes, mon Dieu… Ce sont les terres des Scythes, des Sarmates, des Marcheurs Blancs, bref de la barbarie. Voire, carrément, le bord du monde où les navires dévalent dans l’abîme infini.
Voilà pourquoi le russe, pour vous, c’est du chinois. Et le chinois de l’arabe, et l’arabe de l’ennemi. Vous n’avez plus même, dans votre nombrilisme, les outils cognitifs pour saisir ce que les autres — qui soudain commencent à compter — pensent et disent, réellement, de vous. Ah ! Frémiriez-vous, si vous pigiez l’arabe des prédicateurs de banlieue ! Ah ! Railleriez-vous si vous entraviez des miettes de ce que les serveurs chinois du XIIIe dégoisent sur vous. Ah ! Ririez-vous s’il vous était donné de saisir la finesse de l’humour noir des Russes, plutôt que de vous persuader à chacun de leurs haussements de sourcil que leurs chenilles sont au bord de votre gazon.
Mais vous ne riez pas. Vous ne riez plus jamais. Même vos vaudevilles présidentiels sont désormais commentés avec des mines de fesse-mathieu. Vous êtes graves comme des chats qui caquent dans votre quiétude de couvre-feu, alors qu’eux, là-bas, rient, pleurent et festoient dans leurs appartements miniatures, leur métro somptueux, sur leur banquise, dans leurs isbas et jusque sous les pluies d’obus.
Tout ceci n’est rien, disais-je, parlant du malentendu historique qui nous oppose. La partie grave, elle arrive maintenant. Vous ne leur en voulez pas pour trois bouts d’Ukraine dont vous ignoriez jusqu’à l’existence. Vous leur en voulez d’être ce qu’ils sont, et de ne pas en démordre ! Vous leur en voulez de leur respect de la tradition, de la famille, des icônes et de l’héroïsme — bref, de toutes les valeurs qu’on vous a dressés à vomir. Vous leur en voulez de ne pas organiser pour l’amour de l’Autre la haine du Soi. Vous les enviez d’avoir résolu le dilemme qui vous mine et qui vous transforme en hypocrites congénitaux : Jusqu’à quand défendrons-nous des couleurs qui ne sont pas les nôtres ?
Vous leur en voulez de tout ce que vous avez manqué d’être !
Ce qui impressionne le plus, c’est la quantité d’ignorance et de bêtise qu’il vous faut déployer désormais pour entretenir votre guignolerie du ramassis de brutes qu’il s’agit de débarrasser de leur dictateur caricatural et sanglant avant de les éduquer à servir la « vraie » civilisation. Car tout la dément : et les excellentes relations de la Russie avec les nations qui comptent et se tiennent debout (BRICS), et le dynamisme réel de ce peuple, et l’habileté de ses stratèges, et la culture générale du premier Russe venu, par opposition à l’inculture spécialisée du « chercheur » universitaire parisien qui prétend nous expliquer son obscurantisme et son arriération. C’est que ce ramassis de brutes croit encore à l’instruction et au savoir quand l’école européenne produit de l’ignorance socialisée ; croit encore en ses institutions quand celles de l’UE prêtent à rire ; croit encore en son destin quand les vieilles nations d’Europe confient le leur au cours de la Bourse et aux banquiers de Wall Street.
Du coup, la propagande a tout envahi, jusqu’à l’air qu’on respire. Le gouvernement d’Obama prend des sanctions contre le régime de Poutine : tout est dit ! D’un côté, Guantanamo, les assassinats par drones aux quatre coins du monde, la suspension des droits élémentaires et le permis de tuer sans procès ses propres citoyens — et, surtout, vingt-cinq ans de guerres coloniales calamiteuses, sales et ratées qui ont fait du Moyen-Orient, de la Bosnie à Kandahar, un enfer sur terre. De l’autre, une puissance qui essaie pas à pas de faire le ménage à ses propres frontières, celles justement dont on s’était engagé à ne jamais s’approcher. Votre gouvernement contre leur régime…
Savez-vous de quoi vous vous privez en vous coupant ainsi, deux fois par siècle, de la Russie ? Du refuge ultime des vos dissidents, en premier lieu du témoin capital Snowden. Des sources d’une part considérable de votre science, de votre art, de votre musique, et même, ces jours-ci, du dernier transporteur capable d’emmener vos gens dans l’espace. Mais qu’importe, puisque vous avez soumis votre science, votre art, votre musique et votre quête spatiale à la loi suicidaire du rendement et de la spéculation. Et qu’être traqués et épiés à chaque pas, comme Snowden vous l’a prouvé, ne vous dérange au fond pas plus que ça. A quoi bon implanter une puce GPS à des chiens déjà solidement tenus en laisse ? Quant à la dissidence… Elle n’est bonne que pour saper la Russie. Tout est bon pour saper la Russie. Y compris les nazis enragés de Kiev que vous soutenez sans gêne et n’hésitez pas à houspiller contre leurs propres concitoyens. Quelle que soit l’issue, cela fera toujours quelques milliers de Slaves en moins…
Que vous a-t-il donc fait, ce pays, pour que vous en arriviez à pousser contre lui les forces les plus sanguinaires enfantées par la malice humaine : les nazis et les djihadistes ? Comment pouvez-vous vouloir ignorer et casser un peuple étendu sur onze fuseaux horaires ? Destituer de l’extérieur un chef d’État plus populaire que tous vos polichinelles réunis ? Êtes-vous déments ? Ou la Terre est-elle trop petite, à vos yeux, pour que l'« Occident » puisse y cohabiter avec un État russe ?
C’est peut-être cela, tout compte fait. La Russie est l’avant-poste, aujourd’hui, d’un monde nouveau, de la première décolonisation véritable. Celle des idées, des échanges, des monnaies, des mentalités. A moins que vous, atlantistes et eurocrates, ne parveniez à entraîner la nappe dans votre chute en provoquant une guerre atomique, le banquet de demain sera multipolaire. Vous n’y aurez que la place qui vous revient. Ce sera une première dans votre histoire : mieux vaut vous y préparer.
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MessageSujet: Chasser les Russes de Belgrade ?   Mer 15 Oct - 12:54

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Chasser les Russes de Belgrade?
2014-10-15 09:02:27

Les politiques et les médias occidentaux fulminent contre la visite de Vladimir Poutine à Belgrade et la parade militaire qui y est organisée à cette occasion, la première depuis des décennies. Ils occultent au passage le motif de cet événement, qui est historique: la commémoration de la libération de Belgrade (précisons-le: de l'occupation nazie!). Si l'on a pu «désinviter» les Russes des plages de Normandie ou des commémorations du bicentenaire des relations diplomatiques entre la Suisse et la Russie, il eût été difficile de leur interdire la commémoration d'un fait d'armes qu'ils ont eux-même accompli! (La contribution des partisans de Tito à cette libération ayant été plutôt symbolique, et cantonnée, avant tout, à des actes d'épuration après le départ des Allemands.)
Le degré de morgue et de négationnisme historique que manifestent les directeurs d'opinion occidentaux à l'égard de la Russie et de l'Europe de l'Est ne faiblit pas avec les déconvenues et les démentis qu'ils essuient. Bien au contraire. Ce comportement est l'aspect le plus préoccupant de la crise actuelle. Il donne à penser que la hargne, la manipulation et l'intrusion arrogante dans les affaires d'autrui ne cesseront qu'avec l'effondrement économique, social ou militaire de l'un ou l'autre camp.
Cette réplique de Miroslav Lazanski, le plus illustre commentateur militaire de l'espace balkanique, aux balivernes de l'incontournable Tim Judah illustre à la fois l'ampleur du malentendu et l'ignorance frivole qui imprègne les prises de positions occidentales.

Belgrade, le musée militaire du fort de Kalemegdan (sr.wikipedia.org)


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